La machine à explorer le temps

 

Publié en 1895, La Machine à Explorer le Temps (titre original : The Time Machine) est le premier roman de Wells. C’est aussi l’œuvre qui va le révéler au monde littéraire et lui apporter une certaine reconnaissance de la critique de l’époque.

Au moment de sa parution, ce roman fut perçu une critique virulente de l’ordre social et une affirmation de la théorie de l’évolution. Aujourd’hui ces thèmes sont passés au second plan : on retient en effet de ce roman qu’il est l’un des piliers de la Science-Fiction moderne non dénué de poésie.

Résumé:

Recevant ses amis, un homme prétend avoir inventé une machine à voyager dans le temps. Il leur raconte son expérience en l'an 8002001. Bloqué dans le futur (sa machine a disparu), il découvre un monde décadent où l'Homme ayant domestiqué la nature, ne possède plus aucune intelligence. Cependant une autre espèce "humaine" est apparue. Elle vit sous terre et fuit la lumière.

Une difficile gestation : un roman remanié plusieurs fois

La première version du roman a été écrite en 1888. Elle fut publiée sous le titre The Chronic Argonauts en trois fois dans le Science School Journal, journal de l’école d’Herbert George Wells et dont il était l’un des fondateurs.

Trois ans plus tard, une deuxième version fut publiée dans le magazine The Fortnightly Review sous le titre The Rediscovery Of The Unique. Une troisième version aurait du paraître dans le même périodique mais n’a jamais vu le jour. Son titre aurait été The Rigid Universe.

Enfin, The Time Machine : an Invention fut publiée par épisodes en 1894 et 1895 dans The New Review dans la version que nous connaissons aujourd’hui. Une dernière variante fut livrée par Wells en 1924, mais n’a pas jusqu’à présent fait l’objet d’une traduction en français.

Cette profusion de versions témoigne d’une volonté de Wells de faire évoluer son œuvre à la fois pour corriger des erreurs de jeunesse mais également pour donner une tournure plus politisée à son œuvre.

Dans son autobiographie (Experiment in Autobiography), il enjolivera d’ailleurs la genèse du roman en passant sous silence les multiples versions :

« J’avais entendu parler de l’idée d’une quatrième dimension permettant une nouvelle appréhension des phénomènes physiques, ce qui m’a conduit à envoyer un article à The Fornightly Review, The Universe Rigid (qui fut refusé par Franck Harris le jugeant « incompréhensible ») et qui servit de base à ma première fantaisie scientifique : La machine à explorer le temps. »

Une virulente critique du capitalisme doublée d’un vibrant plaidoyer Darwiniste

A l’époque où Herbert George Wells écrit La Machine à Explorer le Temps, Londres est encore la capitale industrielle du monde. La ville, alors la plus riche et la plus peuplée du monde, est en pleine expansion. Mais cette croissance spectaculaire ne se fait pas sans effets néfastes : les classes ouvrières travaillent dans des conditions très difficiles. Le jeune Herbert est très sensible à la misère de ces travailleurs (il a lui aussi vécu dans la pauvreté durant sa jeunesse), et le fossé qui se creuse entre les riches et les pauvres le révolte. L’écriture lui sert alors à la fois d’exutoire à sa colère et de tribunes pour exprimer ses convictions. Indubitablement, les deux espèces du roman - Morlocks et Elois – représentent métaphoriquement l’évolution de la société. Le capitalisme à tout crin a fait dégénérer l’espèce humaine en deux espèces distinctes. Les oisifs se sont infantilisés. Ils sont désormais incapables de faire preuve ni d’intelligence ou de créativité. Les travailleurs, repoussés dans les sous-sols par les riches, ne sont plus capables de supporter la lumière et font preuve de bestialité répugnante : ils forment une race industrieuse mais animale. Exploitant les théories Darwinistes, dont il était un fervent partisan, Wells décrit donc une société décadente engendrée par la recherche toujours plus poussée du profit. Il serait difficile de ne pas y voir une critique de la politique gouvernementale de l’époque. Seule lueur d’espoir au milieu de ce constat catastrophiste : les Elois sont capables d’émotion. La liaison du voyageur avec Weena est le prétexte que Wells utilise pour montrer que le caractère humain le plus ancré en nous reste l’émotion.

La naissance d’un genre : la Science-Fiction

Si la critique sociale était l’aspect du roman le plus commenté au moment de sa parution, La machine à explorer le temps est aujourd’hui plutôt vue comme une œuvre fondatrice d’un pan entier de la science-fiction moderne : les voyages dans le temps.

Ce n’est pas le premier roman à évoquer les voyages dans le temps (d’autres auteurs l’avaient déjà fait, notamment Mark Twain en 1889 avec A Connecticut Yankee in King Arthur's Court). Mais Wells est le premier à donner au « voyageur » une machine qu’il lui permet de maîtriser son déplacement dans le temps.

Cette idée là sera reprise par bon nombre d’auteurs de science-fiction pour écrire des romans très populaires. Citons pêle-mêle : Le voyageur imprudent de Barjavel, La patrouille du temps de Poul Anderson ou encore En attendant l’année dernière de Philip K. Dick. Signe de la popularité et de La machine à explorer le temps, le roman a connu plusieurs adaptations cinématographiques et de nombreux auteurs y font référence dans leurs romans.

Un style encore en gestation

En conclusion, La machine à explorer le temps, premier roman d’H.G. Wells, permet déjà d’entrevoir l’œuvre future de l’auteur. Il y aborde en effet des thèmes récurrents comme les inégalités sociales, les évolutions génétiques ou les possibilités extraordinaires offertes par la science.

Le style de Wells toutefois, n’y est pas encore totalement abouti. Le roman est en effet bâti sur le monologue du voyageur. Ce parti pris narratif, accompagné de longues descriptions, ne permet pas à Wells de donner au récit un rythme soutenu. On a parfois le sentiment que l’histoire sert de prétexte à l’exposé des thèses de l’auteur, et cela nuit à la qualité globale du roman.

Toutefois, La machine à explorer le temps reste une œuvre clé pour décrypter l’ensemble de l’œuvre de Wells et, à ce titre, mérite un lecture approfondie et bienveillante.

                                                                 

Illustration de "La machine à explorer le temps"

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