Tuerie de Nantes

Huit jours que leurs proches ne les attendent plus pour dîner. Depuis la découverte des corps d'Agnès Dupont de Ligonnès et de ses quatre enfants, le 21 avril dernier, les enquêteurs du groupe Crim' de l'antenne de police judiciaire de Nantes ne comptent pas leurs heures. Non plus que certains de leurs collègues issus d'autres services d'ailleurs (*).

Dans les premières heures d'une enquête qui s'annonçait déjà hors du commun, des dizaines d'hommes ont été mobilisés au commissariat central de Nantes.
Eux n'apparaissent pas dans les objectifs des caméras ou sur les clichés des photographes, à l'affût du moindre élément nouveau dans l'affaire très médiatisée de " la tuerie de Nantes ". Ils travaillent dans l'ombre. " Avant de procéder à des investigations sur le terrain, il faut d'abord recueillir des éléments ", rappelle un ancien de la " maison ". Ainsi, la vaste opération de ratissage menée vendredi matin, au pied de l'Hôtel Formule 1 de Roquebrune-sur-Argens, dans le Var, n'est-elle pas le fruit du hasard.

" Un témoin disait avoir aperçu Xavier Dupont de Ligonnès quitter les lieux à pied, avec un sac à dos ", confie un proche du dossier. Avec l'accord du juge nantais Robert Tchalian, chargé d'instruire l'affaire, les limiers de la PJ et leur patron, Laurent Chavanne, ont donc décidé de demander un coup de main à leur homologues marseillais et toulonnais, ainsi qu'aux gendarmes. Quelque 130 hommes ont passé pour eux les lieux au peigne fin, à la recherche du moindre indice pouvant orienter les recherches. Mais en vain. La piste physique du suspect s'éteint toujours devant cet hôtel, " le 15 avril ", a confirmé vendredi soir le procureur de la République de Nantes, Xavier Ronsin.

PLUS COMPLEXE QU'IL N'EN AVAIT L'AIR

Après avoir fouillé dans son passé, ils ont levé le voile sur une bonne partie de ses secrets. Des policiers ont entendu sa famille, retracé son histoire, fait le tour de ses amis et rencontré ses connaissances. La façade s'est rapidement lézardée. Derrière l'image lisse, ils ont découvert les failles et les mensonges.

Dans leurs bureaux nantais, les limiers ont également vérifié à ce jour la bagatelle de " 240 témoignages " reçus sur le numéro vert mis en place, a indiqué Xavier Ronsin, vendredi 29 avril.

Tantôt, des routiers soutenaient avoir reconnu le suspect à Marseille. Tantôt, il avait été vu dans une animalerie à Fréjus. D'aucuns ont également évoqué sa présence en Autriche… Toutes ces pistes, sans exception, ont fait l'objet d'investigations. Aucune n'a été confirmée.

SON INQUIÉTANT EMPLOI DU TEMPS

A Nantes, les enquêteurs ont également épluché ses comptes et celui de ses étranges " sociétés ". Ils ont chiffré le montant de ses dettes et identifié ses créditeurs. En contactant le Groupement d'intérêts économiques (GIE), à Paris, ils ont remonté les derniers achats effectués : un silencieux et des munitions pour sa carabine 22 long rifle le 12 mars, une bêche, une houe et du ciment le 1er avril, 40 kilos de chaux le lendemain, un dîner avec sa femme et trois de leurs enfants dans un restaurant nantais le soir du 3, un tête à tête avec Thomas, le 4, dans un établissement d'Avrillé (Maine-et-Loire) …

LE JEU DE PISTE CONTINUE

Les policiers ont également fait parler la téléphonie et identifié ses contacts. Bien qu'il a emporté avec lui ses ordinateurs, les adresses IP les ont mises sur la piste d'un " Chevy-Ligo ", habitué " non grata " d'un forum catholique qualifié d' " intégriste " par l'épiscopat. Le 8 avril, ce " Ligo " a posté un dernier message depuis la belle maison familiale nantaise. Or, ce jour-là, selon les légistes, Agnès Dupont de Ligonnès et ses enfants avaient été abattus depuis 96 h au plus, par arme à feu, et sans doute déjà enterrés sous la terrasse de la même maison.

Avant le 21 avril, à l'hôtel de police de Nantes, Xavier Dupont de Ligonnès n'était connu que pour avoir fait l'objet d'une main courante, déposée par son épouse, inquiète, en 2005. A l'époque, son mari avait disparu pendant quatre jours, après avoir porté la main sur Arthur, l'aîné. Nul n'a su où il était allé exactement. Et aujourd'hui ? Où est cet homme, dont le portrait habite l'esprits de tous les enquêteurs? Quelque part dans ses bureaux, au 3e étage du commissariat, la PJ de Nantes travaille d'arrache-pied à trouver cette réponse. En huit jours, elle en a déjà trouvé beaucoup d'autres.

(*) De la Sûreté départementale notamment.

Anne-Hélène Dorison



 

 

 

 

 

 

 

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