4.000 ans au Groënland

 

L'ADN d'un homme vivant voici 4.000 ans au Groënland a livré ses secrets

 

 

Un dessin d'Inuk (Photo /Nuka Godfredsen)
 

 

Mercredi 10 février 2010, 19h35
Il a suffi de quelques cheveux prisonniers du sol glacé du Groënland pour que les nouvelles techniques de séquençage permettent de décrypter les secrets de l'ADN blotti au coeur des cellules d'un homme ayant vécu voici 4.000 ans, selon une étude publiée mercredi.

 

Cet homme appartenait à la culture Saqqaq, la première connue au Groënland; il avait probablement des yeux bruns, une peau brune, des cheveux foncés et épais et un risque accru de calvitie, résume Eske Willerslev (Université de Copenhague) qui a conduit ces travaux.

 

D'après l'analyse de son ADN, ce paléo-esquimo génétiquement adapté aux froides températures aurait cependant encouru un risque d'otite à cause d'une cire trop sèche dans les oreilles, a précisé M. Willerslev lors d'une audio-conférence.

 

"Jusqu'à présent, aucun génome d'un être humain du passé n'a été publié", les seules données disponibles concernant une infime portion, "quelques milliers de bases, de l'ADN d'un unique Néanderthal", soulignent Eske Willerslev et ses collègues.

 

Pour l'homme ayant vécu voici 4.000 ans au Groënland, c'est 79% d'un génome comprenant 3 milliards de paires de bases (ou motifs chimiques élémentaires) qui ont pu être séquencés, grâce à "l'excellente conservation de l'ADN" dans le sol gelé.

 

L'analyse du génome a concerné les chromosomes blottis dans le noyau des cellules humaines (y compris celles des cheveux), ainsi que la petite fraction d'ADN des mitochondries, d'anciennes bactéries devenues les centrales à énergie de nos cellules.

 

Grâce aux nouvelles techniques, le séquençage de la double hélice d'ADN des cheveux, retrouvés dans le permafrost du Groënland, a pu être vérifié vingt fois, alors que lors du décryptage du génome humain, l'opération n'avait été faite que dix fois.

 

Cela a permis d'identifier, sur le long fil d'ADN, plus de 350.000 variations ponctuelles (une base à la place d'une autre) riches en information sur l'origine de l'homme du Groënland. L'ordre dans lequel se succèdent les quatre bases (Guanine, Adénine, Cytosine, Thymidine) détermine le programme génétique qui varie d'un individu à l'autre. Certaines variations sont plus fréquentes dans une population donnée.

 

Le groupe sanguin (A+) et certaines caractérisques génétiques de l'homme du Groënland ont montré, selon les chercheurs, qu'il serait issu d'un groupe humain venu de Sibérie voici 5.500 ans, c'est-à-dire quelque 200 générations avant sa naissance.

 

"Les populations contemporaines les plus proches auxquelles il est associé ne sont en fait pas les Inuits ni les Groënlandais ni les Indiens d'Amérique, mais trois populations du Nord-Est de la Sibérie": les Nganassans, Koryaks et Tchouktchis, souligne M. Willerslev.

 

La migration entre l'Ancien et le Nouveau monde se serait produite voici 5.500 ans, en traversant le Détroit de Béring pris par les glaces, à moins que ce soit en bateau. "Personne ne sait, peut-être ont-ils fait les deux", concède le chercheur.

 

L'ADN retrouvé était de bonne qualité. Seulement 0,8% avait pu être "contaminé" par un autre ADN humain plus récent, selon les chercheurs.

 

Par ailleurs, au sein d'un cheveu, l'ADN est mieux préservé des champignonss ou bactéries, relèvent dans un commentaire deux experts de l'université australienne de Griffith.

 

Le "prochain défi technique sera de séquencer le génome d'un homme du passé provenant d'un matériau autre que les régions du permafrost", par exemple des momies, concluent les chercheurs. Ils estiment que cela représentera une avancée majeure pour la paléogénomique.

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Date de dernière mise à jour : 04/07/2012