Livret A : vers une hausse du taux

 

 

Livret A : vers une hausse du taux après un an à son plus bas historique

 

Photo prise le 14 décembre 2007 à l'agence Saint Pierre de Caen du livret A rouge. (Photo Mychele Daniau/AFP/Archives)

Vendredi 18 juin 2010, 17h26
Maintenu à son plus bas niveau historique de 1,25% depuis un an, le taux de rémunération du Livret A, placement préféré des Français, va être revu à la hausse en août, passant à 1,5% ou 1,75% tout en restant loin des quatre pour cent atteints il y a deux ans.

Le taux du Livret A, détenu par quelque 50 millions de Français, est bloqué depuis le 1er août 2009 à 1,25%, le plus bas niveau depuis sa création, en 1818.

Le taux du Livret A "va suivre le coût de la vie. Donc il sera aligné à cette évolution qui sera plutôt positive", a affirmé sur France Info le ministre du Budget François Baroin.

"Il y a une espèce de parallélisme des formes. Donc si (l'inflation) c'est 1,50 ce sera 1,50, si c'est 1,75, c'est 1,75", a-t-il ajouté, confirmant que la décision serait prise fin juin.

"Soit le ministre se trompe, soit il n'applique pas la formule", explique René Defossez, stratégiste sur les marchés de taux chez Natixis.

Le calcul du taux prend en compte l'évolution des prix et éventuellement des taux d'intérêt à court terme. Si le chiffre de l'inflation attendu en juin confirme une hausse des prix à la consommation de 1,6% sur un an, cela se traduirait, selon la formule, par une hausse du rendement du Livret A à 1,75%.

Evolution du taux de rémunération du Livret A depuis 2001 (Photo null/null)

"Cela dit, ça fait déjà un certain temps que l'Etat ne l'applique pas et fait un peu ce qu'il veut", ajoute cet expert.

Le principe d'une formule automatique de fixation des taux d'intérêt de l'ensemble des livrets d'épargne réglementée, dont le Livret A, a été mis en place en août 2003 afin de dépolitiser ce sujet sensible. Il doit être ajusté au moins deux fois par an, en février et en août.

Mais depuis janvier 2009, les autorités ont dérogé cinq fois à la règle pour éviter au taux de descendre trop brutalement ou trop bas. Depuis le 1er août 2009, il est bloqué à 1,25% alors que l'application du calcul prévu par la loi aurait pu le ramener, un temps, autour de zéro pour cent.

Car le sujet est sensible : le livret A totalisait 187,7 milliards de dépôt fin avril.

"C'est un produit qui a une symbolique politique. Et même si le gouvernement dit qu'il applique stricto sensu la formule, ça s'inscrit dans un souhait de donner un coup de pouce politique au livret A" au moment où le gouvernement annonce un plan d'austérité et une réforme des retraites impopulaires, note Cyril Blesson, directeur de la recherche chez Seeds Finance.

Selon lui, "il est étonnant de voir monter le taux du livret A au moment où la banque centrale maintient des taux très bas pour inciter à la dépense et à la relance de l'économie".

Même analyse de M. Defossez, qui estime que si le livret A est déconnecté des taux de marchés, "autant qu'on lui redonne complètement son statut politique avec un bon taux rémunérateur". Pour lui, il faut changer le mode de calcul du taux afin qu'il soit plus lié à la politique économique.

Toutefois, même si la hausse se confirmait, le taux du livret A ne devrait pas aller beaucoup plus haut, restant très loin des quatre pour cent atteints en 2008, selon les analystes.

Sauf chocs "plutôt provisoires" sur les prix du pétrole et des matières premières dues principalement à la spéculation, "l'inflation est condamnée à rester faible pendant un moment et les taux courts de la Banque centrale européenne, aussi", prévoit M. Defossez.

Qu'importe ! Echaudés par les soubresauts des marchés financiers et par la crise, les Français continuent de plébisciter ce placement sans risque et exonéré de taxes. Malgré le faible niveau de son taux, les dépôts ont été supérieurs aux retraits en avril pour le quatrième mois consécutif. Il ont atteint 2,79 milliards entre janvier et avril.

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