ENCYCLOPEDIS VARIA

Le train des Pignes

 

 

                   Le train des Pignes voyage depuis 100 ans

                   

               La rame entreprend sa longue montée jusqu’à Digne : plus de 1000 mètres d’altitude à

               grimper sur un parcours de 151 kilomètres. Par les fenêtres, les passagers découvrent un

                panorama en 3D technicolor…

Il suffit de quatre heures chrono pour faire le trajet Nice – Digne avec le train des Pignes. Pas plus de temps, finalement, que pour rejoindre Moscou, le Groënland ou le centre de l’Afrique en Airbus. La comparaison s’arrête là. Parce que pour 18 euros en plein tarif, on peut s’offrir avec le célèbre tortillard la dernière grande aventure du siècle.


Plus vite que les autos


Exagéré? À peine. Pour preuve, à la gare du sud, la Compagnie des chemins de fer de Provence qui exploite la ligne vend une « gourde réfrigérée avec boussole intégrée » et une « lampe dynamo » pour le cas où le train tomberait en panne (bon, d’accord, cette fois on pousse un peu le bouchon).


À 8h30 ce mardi matin, nous sommes une petite vingtaine à embarquer dans un vieux « S.Y. » bleu et blanc. Tut-tuuut! C’est parti, à fond la caisse, au moins 30 km/h, jusqu’à l’arrêt Gambetta, à 500 mètres du point de départ. Re tut-tuuut! Quelques instants plus tard, nous voilà arrivés rue du Cros-de-Capeu où une caméra vidéo donne le feu vert à notre convoi tandis que les automobilistes, pas encore bien réveillés, sont bloquées au rouge et nous regardent filer.


« Il suffit de 5 minutes pour relier l’arrêt de la Madeleine, de 10 minutes pour rejoindre le pôle d’activité vers Bellet. Bientôt, on desservira même le grand stade », assure Jean-Marc, aux commandes de notre bolide.


« Lingostière terminus, correspondance avec le bus! » Le voyage en train s’interrompt sur une dizaine de kilomètres que l’on parcourt dans un car moderne. La voie unique, métrique et centenaire des Pignes est en réfection. Un chantier qui ne sera achevé qu’à la fin de l’année. En attendant, il y a donc « rupture de charge ». Arrivés en gare de Plan-du-Var, nouveau déménagement, cette fois du bus vers le train. Oh hisse, et un, et deux et trois cartons sont embarqués pour être livrés quelques gares plus haut.


Retour vers le futur


On grimpe dans la toute nouvelle rame automotrice CFD, un brin frimeuse dans sa robe rouge et or. C’est un autre univers, celui de la modernité, presqu’un Airbus. Larges vitres panoramiques sur panorama trois étoiles, emplacement pour poussettes, fauteuils roulants et vélos, fauteuils confortables, climatisation, GPS lumineux indiquant les prochaines gares desservies. Mais ce train si moderne ne va pas plus vite que l’antique S.Y. Ses deux moteurs V8 diesel de 14 litres de cylindrée seraient capables d’affoler le radar si la vitesse n’était pas limitée à 80 à l’heure… en pointe. « L’état de la voie ne permet pas d’aller plus vite », explique Alexandre, installé aux commandes.


Pendant quarante ans, alors que planait une menace de fermeture sur la ligne, les installations n’ont pas été trop entretenues (euphémisme). Le ballast est fragilisé par des glissements de terrain, obligeant le train à passer au pas. Les passagers ressentent mille et une secousses au kilomètre, ça vibre. Va-t-on dérailler? Non, bien sûr, c’est le charme de ce voyage hors du temps. Amusant tout de même de faire rouler une machine aussi high-tech sur des rails aussi fatigués, de faire ce bond technologique dans le passé.


Respecter l’horaire


Le conducteur s’escrime à tenir l’horaire. Pas évident. Il lui faut s’arrêter souvent pour prendre au passage des voyageurs aux nombreux arrêts facultatifs : il suffit d’un signe de la main pour stopper le train à la demande!


À Entrevaux, le dernier passage à niveau gardé par un « humain » a été remplacé il y a 5 ans par une barrière automatique. À Annot, un chasse-neige est stationné en attendant l’hiver prochain. Les gares se succèdent, la plupart sont fermées. On achète son billet auprès du chef de train.


Notre convoi poursuit vaillamment son ascension de la vallée, se faufile entre les montagnes jusqu’à Barrème. Et soudain, c’est la descente, olympique, vertigineuse, ponctuée de vibrations, à 50 à l’heure, au moins. La vallée s’élargit.


Peu avant le golf de Digne, un tut-tuut bien senti fait détaler une biche qui rêvassait sur la voie. « Il y a très souvent des sangliers, faut faire attention », précise Alexandre. Le principal danger demeure cependant la chute de pierres sur les rails.


Midi et demie : arrivée à Digne-les-Bains, au bout de la ligne. Il pleut des cordes.


Les passagers se précipitent au buffet de la gare. Repas complet à 14 euros, vin, café et sourire de la serveuse compris. ça se passe comme ça, quatre fois par jour dans les deux sens, sur l’une des plus belles lignes de France!

Date de dernière mise à jour : 02/07/2021

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